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Michael Jarrell (né en 1958)
…some leaves II… (1998)

Michael Jarrell est un excellent dessinateur, il aime faire en privé des petits croquis sur un coin de feuille. Cette qualité, peu connue chez quelqu’un qui est bien sûr avant tout compositeur, me semble pourtant assez appropriée pour parler de sa pièce pour alto seul. Courbes, couleurs, clairs-obscurs ou traits appuyés, la dimension picturale est particulièrement présente dans le projet de la pièce et dans sa réalisation. Pour autant, cela n’en fait pas du tout une œuvre contemplative, et la musique, qui est avant tout un art du temps, utilise ici toute les possibilités dynamiques, l’énergie y étant, dés le début, très présente.

Particulièrement sensible à la continuité de l’écoute, Jarrell travaille la phrase musicale comme un écrivain travaille la langue, attentif à la grande courbe comme aux petites inflexions. Chez lui la forme tend vers la recherche d’un équilibre, et cet équilibre est d’autant plus précieux qu’il est toujours instable, fragile même parfois.

Par ailleurs il faut souligner dans cette pièce l’importance du contrepoint instrumental, c’est-à-dire la capacité de faire d’un instrument monodique comme l’alto un instrument avec lequel le discours musical est constamment en dialectique. En effet ce contrepoint n’est pas seulement de nature polyphonique comme on peut l’attendre par exemple d’un instrument à clavier, mais il s’agit d’un véritable contrepoint instrumental : c’est par exemple l’utilisation d’une note pivot, point fixe vers lequel sont attirées ou d’où sont repoussées des figures caractéristiques (gammes, accords, trémolos), comme ce fameux ‘ré’ corde à vide, présent dans tout le début de la pièce, c’est aussi l’opposition d’un registre à l’autre, comme ces figures très rapides et très piano dans l’aigu, tel un nuage de notes aux contours indéfinis, auquel répond comme un ancrage dans le sol un trémolo dans le registre le plus grave.

Poursuivant ma collaboration avec Michael Jarrell, …some leaves II… a engendré en 2000…more leaves… pour alto, électronique et cinq instruments, sorte de « Chemins » à la manière de Berio, ou plutôt « double Chemins » puisque la partie solo profite ici d’un double éclairage, d’un coté la partie électronique, et de l’autre les cinq instruments, constituant un orchestre en miniature.

Christophe Desjardins